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Martin tenta de se rappeler où il avait rencontré Garance. Mais la forêt était méconnaissable. Nombre d’arbres s’étaient effondrés, en entraînant d’autres dans leur chute. Les sentiers s’interrompaient abruptement, obligeant à des détours dans les fourrés. Il ne retrouva pas l’endroit. Il avait beau lever les yeux, il ne voyait aucun petit boîtier à la cime des troncs restés debout. Pas plus que sur ceux couchés au sol, d’ailleurs. Se fiant à ses souvenirs, il se dirigea vers le hêtre de Ponthus. C’était à cinq kilomètres de Paimpont. À vol d’oiseau. Au pas du randonneur emberlificoté dans les broussailles, il en avait pour plus d’une heure, peut-être deux.
Il progressa encore plus lentement qu’il n’avait pensé. La forêt finit par s’éclaircir. Les pompiers et la sécurité civile étaient à l’œuvre. Les gendarmes étaient là aussi. La pluie avait repris. On avait posé de la rubalise autour de l’arbre couché à terre, comme sur une scène de crime. La base du tronc, restée dans le sol, béante, laissait voir combien l’arbre était malade depuis plusieurs années déjà. Son feuillage ne poussait plus et on savait qu’on le perdrait bientôt. Martin avait eu la chance de le voir encore dans sa majesté, il y avait plus de trente ans maintenant. Ses branches, échappant au tronc, s’élançaient vers le ciel en courbes torturées et rayonnaient sur une envergure de quarante mètres, et sans doute autant en hauteur. Son tronc avait une circonférence de plus de quatre mètres. Certains le nommaient le Grand Mage. Il était planté sur le site où, selon la légende, s’était érigé autrefois le château du chevalier de Ponthus.